Après Marlowe, Anne-Laure Liégeois s’intéresse à cet autre compatriote élisabéthain. Moins connu en France que Shakespeare, de dix ans son cadet, il exalte un baroque dépravé, le passe à travers le prisme de la morale protestante. Il est cynique, hargneux, jeune démon brun décapitant avec plaisir des rats dans le film Shakespeare in love. Et c’est vrai, tout est « too much » chez Webster. Les personnages, les situations… tellement trop que ça n’en est pas possible. Et la metteur en scène adore ce registre de théâtre à la lisière d’un grand-guignol dans lequel elle se garde, toutefois, de verser. « Dans La Duchesse de Malfi, on déterre les mandragores, cloue les chauves-souris, les squelettes font cliquer leurs os, les femmes nues se regardent dans des miroirs trompeurs, des nourrissons braillent. Ici tout se délite parce que tout est faux ou trop exagérément vrai et vivant, charnel ». Dans cette folle histoire de désirs, de tromperies et de meurtres, il est question de pouvoir, d’amour, de rapport entre la mort et la vieillesse et de mélancolie. Un chef d’œuvre pré-révolutionnaire entre raison privée et raison d’état.
[création]
La Duchesse de Malfi
John Webster | Anne-Laure Liégeois
19 janv › 5 fév
mer, jeu 19h30
mar, ven, sam 20h30
dim 16h
relâche lundi
La duchesse est veuve, remariée secrètement à son intendant Antonio. Elle a deux frères, Ferdinand son jumeau, déchiré de passion pour elle et Le Cardinal, avide de pouvoir. Ensemble, ils crient vengeance contre leur sœur et fomentent un complot. Les autres personnages, aux consonances en O et en A, rappellent l’histoire vraie de la Duchesse d’Amalfi et d’Antonio Bologna à Milan au début du XVIe siècle. Mais Webster fait sonner l’Italie façon british !



