Elle pourrait être Camille Claudel et lui Rodin, tant le destin de Marieluise Fleisser est lié à sa relation avec Brecht. Muse, amante ou nègre du dramaturge, son œuvre est indissociable de sa vie. L’une comme l’autre trahissent une femme obligée de lutter pour faire reconnaître son droit d’écrivain, ballotée entre étroitesse et grandeur, servitude et liberté. Pionniers à Ingolstadt est un concentré de portraits, le sien, celui d’une Allemagne d’après-guerre encore convalescente, celui d’un village perturbé par l’arrivée de soldats, celui de jeunes femmes pétries d’ennui qui s’épient et trouvent dans la virilité de ces hommes un divertissement. Tous cherchent un semblant d’amour, le cœur ne sachant jamais bien où, quand, et pour qui, il doit battre. Dans un décor de brasserie et une ambiance cabaret, Yves Beaunesne s’attache à peindre ces personnages qui se touchent, se trahissent, pour finalement s’ignorer. Dans ce QG à la fois intime et collectif, il pose la question de l’individu pris dans sa condition et fait entendre le parler vrai d’une dramaturge célébrée Outre-Rhin, reconnue par un Kroetz ou un Fassbinder : Marieluise Fleisser.
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