Du conte, de ses cruautés et de ses merveilles
Je tiens à la cruauté du conte, parce qu’elle est cathartique, et qu’elle n’élude pas le thème de la méchanceté humaine.
Je tiens au happy end du conte, parce qu’il est bon que le spectateur se réjouisse d’avoir, en notre compagnie, affronté, et triomphé, du pire. Beaucoup des plus jeunes des spectateurs vont s’identifier à la jeune épouse, je voulais donc que le destin de celle-ci soit, certes, terrible, (sinon où serait le plaisir, comme diraient les enfants), mais en définitive heureux.
Je tiens au merveilleux du conte, naturellement, usant d’impossibles anachronismes, de réjouissantes magies, du répétitif musical de certains passages : la lourde porte de chêne, la petite clef d’or, usant du suspens haletant quoiqu’on en connaisse la fin, usant de l’animalité, de l’effroi, de la formidable imagination enfantine, libre et crue, par delà le bien et le mal.
Je tiens enfin à l’énigmatique simplicité du conte : le conte ne donne jamais les raisons des actes des personnages, il ne les suggère même pas. Le conte est tautologique, pas psychologique : on y tue parce qu’on y tue, on y aime parce qu’on y aime, sans que raison en soit donnée. Génial, vous et moi échappons à la lourdeur de l’explication dramaturgique.
Jean-Michel Rabeux




