Cher Vincent,
Tu as eu raison de me donner ton album pour l’été, car durant cette sale saison, j’ai eu besoin d’être encouragé tous les jours. Alors disons, vers 17h45, j’ai pris le temps de t’écouter. Il faut toujours tout faire avec discipline, écouter les chansons comme boire ou embrasser, rien ne nous rend plus vivant qu’un peu de lenteur et de précision. Et plus je t’écoutais, plus je me disais que tu étais le chanteur le moins vaniteux que je connais [1]
Attention, je ne te prête pas une modestie exagérée, je me doute bien que tu as tes heures de parade, non je parle de vanité dans l’idée que tes chansons ne me rappellent jamais que je vais mourir, mais toujours, et avec délicatesse et prudence, elles me préviennent que je suis en vie. Tes chansons possèdent cette vertu, qu’on pourrait certainement qualifier de littéraire, d’accorder à la mémoire plus d’importance qu’à l’éternité. Tu n’es pas le seul à jeter des regards par dessus ton épaule pour écrire, mais ta manière est singulière, dans la mesure où tu sembles n’en tirer aucun pouvoir, aucun « je le savais » ne traîne dans tes paroles, aucun « je vous l’avais bien dit ». Tu n’abuses pas des occasions pour être en avance sur ceux qui t’écoutent, tu restes à nos côtés, te livrant tel que tu es et pas dans le pourquoi, pour qui tu pourrais passer. La prise de pouvoir n’est pas ton souci. Pourtant, je t’assure, chez les chanteurs, en permanence, ce désir absolu de régner sur ceux qui les écoutent, la séduction envisagée comme une force, un combat. Tu n’es pas très guerrier. Au front, tu sembles toujours préférer les chemins de traverses et j’aime ça. Regarde dans « Allan et Louise », ce qui rend la chanson déchirante, ce n’est pas que tu convoques le 11 septembre au cœur d’une histoire d’amour, mais que tu nous racontes cette histoire depuis la banquette d’un restaurant chinois, en t’efforçant de définir ce qui rend l’éventualité d’un sentiment amoureux vraisemblable. C’est peut-être ton côté british, une élégance qui n’oublie jamais d’être dérisoire, mais en anglais qui aurait lu Ovide : « Tu iras en sûreté en suivant le juste milieu ». (…)
Christophe Honoré
Quinze chansons, un album Tôt ou tard
1e partie › PASCAL SANGLA
Comédien et musicien, Pascal Sangla interprète avec sensibilité et facétie ses ”mots qui flottent dans l’air comme des papillons et mélodies à siffloter sans y penser”. Avec le Théâtre 71, Pascal Sangla a aussi une belle histoire... après avoir accompagné Pierre Ascaride en 2007 dans Et ta Sœur ? tentative d’autoévaluation en forme d’opérette, il y présente pour la première fois Une petite pause lors du week-end Esprits de famille, cartes blanches à des artistes complices du Théâtre 71. Il joue actuellement dans We are l’Europe, de Jean-Charles Massera mis en scène par Benoît Lambert, présenté du 18 novembre au 5 décembre au Théâtre 71.
En février 2010 sortira son premier album, Une petite pause, et il sera en concert à L’Européen le 9 février 2010.




